Après ses tentatives pour retrouver un siège de députée, puis pour prendre la tête du Parti radical valoisien, Dominique Faure essuie un nouvel échec aux élections sénatoriales. Par ricochet, Anicet Kounougous, second sur la liste élue n’accèdera pas à la place de maire.
Lors de la campagne des municipales en mars 2026, Dominique Faure, qui avait retrouvé son rôle de maire en 2025, n’avait pas fait part à ses électeurs de son ambition de devenir sénatrice……Mais beaucoup le subodoraient. En effet, soutenue et adoubée par Alain Chatillon, alors maire de Revel et sénateur UMP, elle avait été propulsée en 2014 à la tête de la liste de rassemblement de la droite saint-orennaise, avec pour objectif de conquérir la mairie. Elle savait cependant que son mentor, au terme de trois mandats au Sénat, n’en briguerait pas de nouveau.
Ce nouvel échec intervient après celui à l’élection législative de 2024, remportée par Jacques Oberti, du parti socialiste, alors président du Sicoval, et qui se représentait comme candidat sénateur.
Le Sénat est renouvelé par moitié tous les trois ans, et cette année cela concernait les cinq postes de sénateurs de la Haute-Garonne. Les cinq sortants étaient pour la droite Alain Chatillon, ancien maire de Revel, sénateur Les républicains durant 3 mandats, Brigitte Micouleau 2 mandats, Pierre Médevielle, représentant Horizons 1 mandat, et pour la gauche Alain Raynal, ancien maire socialiste de Tournefeuille, 2 mandats, et Emilienne Poumirol, socialiste 1 mandat. Seuls Pierre Médevielle et Brigitte Micouleau étaient à nouveau candidats.
Revenons quelques mois en arrière, la liste complète de Pierre Médevielle est présentée le 22 mai dernier et est censée faire l’union de la droite et du centre droit (Renaissance, Horizons, LR, Parti Radical), incluant le maire de Balma Terrail-Novès et Jean-Luc-Moudenc, maire de Toulouse.
Mais le 19 juin, Dominique Faure, qui visait depuis longtemps le poste détenu par Alain Chatillon, présente sa propre liste et fait dissidence n’ayant pu obtenir selon Pierre Médevielle la première place sur sa liste. Au sein du Parti Radical, les tensions sont manifestes, car le président de la fédération de la Haute-Garonne de ce parti, Jean-Jacques Bolzan, par ailleurs adjoint au maire de Toulouse, soutient la liste Médevielle ! Ne pouvant bénéficier du soutien de son parti localement, Dominique Faure, ne désarme pas : « Le président du Parti radical en Haute-Garonne ne me soutient pas, ce n’est pas grave, glisse-t-elle. Mais ce n’est pas lui qui décide, ça se décide au plan national. » Bien qu’elle ait échoué à prendre la présidence de ce petit parti(1), elle en obtient l’investiture le 29 juillet. Dominique Faure dit vouloir incarner « une 3e voie », insistant sur son rôle passé de ministre de la ruralité espérant ainsi obtenir les voix d’élus non encartés.
Après la dissidence de Dominique Faure, intervient celle de Pierre Lattard, assistant du sénateur sortant Alain Chatillon qui lui apporte son soutien, qui dépose une nouvelle liste 100 % Les Républicains, soutenue par Christine Gennaro‐Saint, élue d’opposition à L’Union, élue présidente des Républicains en Haute‐Garonne en juin dernier et qui a démissionné suite à l’aval donné par la commission nationale à la liste menée par Médevielle.
À gauche, il n’y avait pas plus d’union, puisque le Parti Socialiste, qui avait deux élus sortants, cherchait à conserver son influence et ne bénéficiait que du soutien de son allié habituel des Radicaux de gauche et de Place publique. Le Parti Communiste présentait sa propre liste. Marc Péré, maire de L’Union, avait constitué une liste dans l’esprit du Nouveau Front Populaire, soutenue par Les Écologistes, La France Insoumise et Génération.s.
A l’extrême droite, on retrouve la division habituelle entre le RN et Reconquête.
Au niveau des programmes des différents partis, bien souvent des grandes généralités, mais aussi des propositions concrètes notamment à gauche concernant la « dotation générale de fonctionnement » versée par l’État, part importante du budget des communes.
L’élection des cinq sénateurs de la Haute-Garonne se fait à la proportionnelle à la plus forte moyenne. Cela pouvait permettre à une liste minoritaire d’obtenir un élu.
Mais il était difficile de faire des prédictions, avec la présence de dix listes, suite aux divisions des différents camps politiques et au renouvellement du personnel politique suite aux élections municipales de mars.
Pour avoir testé différentes configurations avant le scrutin, 7 à 10 % des voix ne suffisaient pas à Dominique Faure pour être élue; 13 % rendaient son élection possible, sans la garantir.
Les résultats de l’élection sénatoriale
| Nuance | Nom de la liste / des candidats | Nombre de votes | Nombre d’élus |
|---|---|---|---|
| Liste divers gauche | AGIR ENSEMBLE POUR NOS COMMUNES ET NOS TERRITOIRES Élu(s) Liste (T. Suaud) | 827/25 % | 2 |
| Liste du Rassemblement National | AU SERVICE DES COMMUNES POUR DÉFENDRE LA HAUTE-GARONNE | 288/8 % | 0 |
| Liste régionaliste | BASTIR OCCITANIE 31 | 16/0 % | 0 |
| Liste divers centre | ENSEMBLE AU SERVICE DE TOUTES LES COMMUNES DE HAUTE-GARONNE (Liste D. Faure) | 318/9 % | 0 |
| Liste divers gauche | HAUTE-GARONNE SOCIALE, ÉCOLOGIQUE ET CITOYENNE Élu(s) (Liste M. Péré) | 445/13 % | 1 |
| Liste du Parti communiste français | HAUTE-GARONNE SOLIDAIRE | 112/3 % | 0 |
| Liste divers droite | LA FORCE DES TERRITOIRES – LA VOIX DE LA HAUTE-GARONNE (liste P. ATTARD) | 134/4 % | 0 |
| Liste Reconquête ! | RECONSTRUIRE LA DROITE | 26/0 % | 0 |
| Liste Divers | SCIENTIFIQUES ET CITOYENS ENGAGES POUR LA HAUTE-GARONNE | 47/1 % | 0 |
| Liste divers droite | UNION RÉPUBLIQUE ET TERRITOIRES Élu(s) Liste (P.Médevielle) | 1023/31 % | 2 |
La liste d’alliance de la droite et du centre remporte deux sièges, avec Pierre Médevielle (Horizons) et Brigitte Micouleau, la sénatrice sortante Les Républicains. La liste de Thierry Suaud (Parti socialiste) obtient deux sièges également : un pour la tête de liste et le second pour Magali Gasto Oustric, des Radicaux de Gauche.
Au final, la droite perd un siège, la gauche en gagne un avec Marc Péré, maire de l’Union.
Réactions
Au lendemain des élections, les réactions ne se font pas attendre : Vincent Terrail-Novès, maire de Balma, qui était en 3e position sur la liste de P. Medevielle : « Si j’enrage ce matin, c’est en raison de l’irresponsabilité de ceux qui devraient être « des amis ». Alors que la gauche a reculé dans les urnes lors des municipales au printemps dernier et que la droite et le centre ont progressé, nous avons perdu un siège de Sénateur ! Situation paradoxale. Qui s’explique par l’irresponsabilité de certains qui se sont lancés dans des aventures individuelles au détriment de l’ambition collective.
Par l’irresponsabilité d’une ancienne Ministre qui a pensé à elle avant de penser collectif… Une ancienne Ministre Dominique Faure qui termine à moins de 10% des suffrages ; et qui permet à Marc Péré et LFI (avec moins de 14% des suffrages exprimés seulement) de prendre un siège à notre camp politique et de rentrer pour la première fois au Palais du Luxembourg. Belle opération… »
De son côté, Dominique Faure ne tarde pas à réagir vivement sur la page Facebook « Dominique Faure, Maire de Saint-Orens et son équipe municipale » :
« Face au « procès en irresponsabilité » qui m’est publiquement intenté depuis quelques heures – notamment par mon collègue Vincent Terrail-Noves qui, il y a quelques mois encore, m’encourageait à candidater car il me considérait alors comme pleinement légitime, avant de faire volte-face pour se porter lui-même candidat : c’était à Paris, au sortir d’un rendez-vous à l’Elysée qu’ils venaient d’avoir ensemble avec Jennifer Courtois Périssé ! »
Je dois reconnaître ma naïveté quand après les élections municipales de Mars 2026, lors d’un échange avec un ami à qui j’indiquais que Vincent Terrail-Noves n’était pas intéressé par le Sénat en 2026 et qu’il soutenait ma candidature, cet ami me répondait « tu devrais te méfier ! ».
Certains seront surpris car en général je prends les coups, c’était le cas aux législatives 2017 et 2022, c’était le cas aux départementales 2021, je n’ai rien rendu public des manœuvres, obstructions diverses que j’ai subies, je me suis tue et j’ai continué ma route. Aujourd’hui l’agressivité, la méchanceté, la violence des mots pendant et après cette campagne sénatoriale sont l’occasion pour moi, de montrer le vrai visage de cette liste dite d’union.
L’union ne se décrète pas à coups de manœuvres politiciennes, de mensonges et de mépris des partenaires légitimes ; elle se construit dans le respect, la confiance et la franchise.
Dès le début de l’année, j’ai proposé par SMS à Pierre Médevielle, sénateur sortant, que nous nous rencontrions pour rechercher une stratégie commune. Je l’ai relancé, je n’ai pas eu de réponse à mes messages.
Les relations au sein de la majorité métropolitaine dirigée par Jean-Luc Moudenc, qui était lui-même candidat en 5e position sur la liste de P. Médevielle, avec Dominique Faure, qui conserve son poste de 4e vice présidente, ne seront sûrement pas améliorées suite à cet épisode !
Corrigeons également l’amalgame qui est fait à droite entre Marc Péré et LFI. Certes au soir de l’élection, LFI a revendiqué son élection, mais Marc Péré , qui était à la tête d’une liste d’union entre La France insoumise, Génération.s et Les Écologistes, a annoncé qu’il siégerait dans le groupe écologiste, tout en appartenant à l’intergroupe des insoumis. Il précise que « c’est un équilibre » qu’il respectera « à la lettre ».
(1) Le Parti radical auquel appartient Dominique Faure — dit « valoisien », à ne pas confondre avec le Parti radical de gauche — comptait environ 1 500 adhérents au niveau national, en 2025, la source ne précise pas s’il s’agit exclusivement des adhérents à jour de cotisation.
Crédit photo : Par LouisCLDS — Travail personnel, CC BY-SA 4.0


