L’article de la Dépêche du 3 février l’affirme, St-Orens est première dans la catégorie des villes de 10 000 à 20 000 habitants où il fait bon vivre. Réaction enthousiaste de Dominique Faure, fierté municipale, satisfaction affichée : tout cela est compréhensible. Qui refuserait une première place ? Mais derrière le chiffre flatteur, il faut se poser une question simple : que mesure vraiment ce classement ?
L’illusion du chiffre incontestable
On nous dit que le palmarès repose sur 197 critères, issus de données publiques, provenant principalement de l’INSEE. Mais un classement n’est jamais neutre. Il ne se contente pas d’additionner des données, il décide ce qui compte davantage que le reste.
La grande inconnue : le poids des priorités
Les catégories (qualité de vie, sécurité, santé, transports, etc.) ne sont pas traitées à égalité.
Elles sont pondérées selon des sondages nationaux réalisés par OpinionWay. Dans ces enquêtes, les Français placent en tête : la qualité de vie (80%), la sécurité (74%) , la santé (50%), … Autrement dit : si une ville a de bons chiffres concernant la sécurité, elle gagne beaucoup. Si elle est plus faible sur ce critère, elle peut chuter, même si elle excelle ailleurs. Le problème, c’est que l’association « Villes et villages où il fait bon vivre » qui publie ces classements ne donne pas les valeurs des coefficients de pondération. On sait que la sécurité pèse lourd, mais on ne sait pas combien. Peut-on alors parler de transparence complète sans connaître les poids exacts ?
Le biais du “majoritaire”
Autre question de fond : pourquoi les priorités nationales devraient-elles s’imposer à toutes les communes ? Les habitants d’une ville périurbaine peuvent valoriser la proximité des commerces, la vie associative, les mobilités douces, l’urbanisme, le lien social. Un sondage national homogénéise ces attentes, produit une moyenne, or une moyenne n’est jamais une réalité vécue.
Classement ou outil de communication ?
Soyons lucides, ces palmarès servent aussi à certains élus ou candidats à communiquer. Ils produisent un récit simple : “Nous sommes premiers.” C’est lisible, efficace, mobilisateur, mais cela ne dit rien des tensions immobilières, des inégalités sociales, des fractures générationnelles, du ressenti des habitants les plus précaires. Un indicateur statistique peut être excellent pendant qu’un malaise local existe.
Saint-Orens mérite-t-elle son classement ? Peut-être, au regard des critères retenus : proximité de Toulouse, tissu résidentiel, offre scolaire et commerciale solide. Mais ce classement ne prouve pas que la ville est “meilleure” que d’autres.
Plutôt que de viser une médaille issue d’une boite noire, nourrie aux statistiques, on pourrait poser d’autres questions : Comment les habitants évaluent-ils réellement leur qualité de vie ? Quels quartiers se sentent oubliés ? Quels services manquent encore ou mériteraient d’être améliorés ? Quelles inégalités persistent derrière les moyennes ?
Le véritable indicateur du bien-vivre ne se trouve peut-être pas dans un palmarès national, mais dans la capacité d’une commune à se remettre en question.

Les villes « labellisées » où il fait bon vivre
Vous voulez en savoir plus sur l’association Villes et villages où il fait bon vivre ?
Cette association est présidée par Thierry Saussez, âgé de 77 ans, conseiller en communication politique. Il a été membre du RPR, puis de l’UMP et est devenu un des proches conseillers de Nicolas Sarkozy, étant nommé délégué interministériel à la communication et directeur du Service d’information du gouvernement. Nous n’en savons guère plus sur cette 1901, les procès-verbaux de ses assemblées générales ne sont pas accessibles sur son site, mais la diffusion publique de ces documents n’est pas obligatoire.
Elle facture aux communes la labellisation « Villes où il fait bon vivre », St-Orens a payé ainsi 2640 € pour être référencée comme telle et pouvoir utiliser le logo.

Attention, ne pas confondre les communes labellisées et celles qui sont labellisables : 42 communes seraient labellisables sur les 596 de la Haute-Garonne. Mais seules deux, St-Orens et Rouffiac, ont payé la prestation pour obtenir ce label.
D’autres sites proposent une évaluation de la qualité de vie des villes :
ville-ideale.fr, reposant uniquement sur les avis d’internautes, avec des avis souvent très tranchés et plutôt thermomètre du mécontentement local.
https://www.bien-dans-ma-ville.fr/ plus sérieux avec quelques données statistiques, mais la notation et le classement s’appuient uniquement sur les avis des personnes répondant au sondage, comme sur le site précédent.
Les gestionnaires de ces deux sites ne sont pas identifiés.
